Animation 3D :
Un paradoxe français ...
Il y a quelques années, l'animation 3D était encore
une technique confidentielle. Les habiles bricoleurs font désormais
figure de pionniers dans un marché en pleine expansion. Et pour
une fois, les Français sont déjà là, mais pour
combien de temps?
Au Natpe 97, les Américains ont fait les yeux doux à une
petite française: Cléo, la célèbre égérie
3D de Canal + n'en finit pas de surprendre. De fait, la 3D élargit
petit à petit son domaine d'application: produits courts, publicité,
habillage, trucages et effets spéciaux, mais aussi long métrage
(comme la dernière production 100 % 3D des studios Disney) et séries
pour la télévision.
A l'image de Cléo, TF1 et France 2 ont choisi cette technique
pour l'habillage de leurs programmes jeunesse. Mais le coeur de cible des
séries 3D est plus large que celui des émissions réservées
aux enfants et les chaînes hésitent à s'engager sur
des programmes plus chers et plus longs à produire que les séries
classiques. Tout au plus consentent-elles à acheter les programmes
une fois terminés. Et bien que l'hexagone concentre l'essentiel
de la production mondiale des séries 3D, elles ne représentent
qu'une petite partie des 200 heures d'animation produites en France chaque
année. D'où un problème de financement évident.
Ainsi, malgré une croissance continue, la société
Fantôme doit ouvrir son capital pour aller plus loin dans le domaine
de la production.
Malgré une reconnaisance internationale et de nombreux prix prestigieux
pour Insektors et Les Quarxs, ou plus récemment un 7 d'Or du meilleur
programme d'animation pour Pierre et le Loup, France Télévision
et les "petites" thématiques comme La Cinquième
et Canal J semblent les seules à s'intéresser encore à
cette production.
Depuis début janvier, Tous sur Orbite, écrit et réalisé
par Nicolas Gessner pour Fantôme, propose un voyage en temps réel
autour du soleil en 260x2'. Dans le même temps, "il de Lynx"
diffuse un dessin animé d'éducation à la santé:
Les Streums (8x10'), avec des extra-terrestres animés par Id3D.
Par ailleurs, avec Les pirates de Noël, Antéfilms Production
développe un nouveau procédé pour une fabrication
3D à coût réduit : avec des décors en 3D réutilisables
à l'infini et des personnages en 2D, c'est l'esprit cartoon qui
gagne une nouvelle dimension.
A ce petit jeu, les Français n'ont d'autre solution que de se
tourner vers l'exportation de leurs productions, voire de leurs talents
sous peine de perdre leur avance technologique dans un marché en
pleine mutation. ZA Production travaille aujourd'hui essentiellement pour
le Japon et prépare un ride 3D mettant en scène des dynosaures.
De son côté, Médialab vient d'ouvrir une filiale à
Los Angeles en co-investissant avec le leader mondial du secteur, 4MC.
En 1995 le chiffre d'affaires de la production 3D française était
à peine supérieur à 150 MF répartis entre une
quinzaine de sociétés. Pourtant, le secteur est des plus
prometteurs par la diversité et la qualité de ses réalisations,
et les perspectives qu'elle ouvre en matière d'emplois.
Pionnière dans le développement des logiciels et la production
de séries, la France ne doit pas laisser échapper les bénéfices
de ses investissments. Encore faudra-t-il pouvoir assurer les moyens de
sa croissance...
Chaines thématiques et COSIP. Le CNC envisage un assouplissement
des règles d'éligibilité des programmes au COSIP et
une modification de la taxe. Depuis 1995, est éligible au compte
de soutien toute uvre bénéficiant d'un apport de diffuseur(s)
d'au moins 25%, contre 15% précédemment. Les thématiques
estiment ce seuil inadapté à leur capacité d'investissement
et réclament le retour aux 15%.
Rigueur budgétaire oblige: France Télévision
est revenu sur son engagement de porter cette année son investissement
dans la production de 16 à 17 %. Négocié avec l'Uspa,
l'accord permet à France 2 une économie de 48 MF, en échange
d'un abaissement de la durée de cession des droits de diffusion
terrestre à trois ans. A noter qu'en 1997, les budgets affectés
à la coproduction de programmes d'animation sont de 55 MF pour France
2 et de 80 MF pour France 3, qui consacrera également 50 MF à
des achats.
Cinquième: la production à la baisse. Dans un budget
global en baisse, la part attribuée aux programmes passera de 480
à 400 millions de francs. La Cinquième va donc multiplier
les rediffusions et diminuer sa production propre (actuellement 85%), au
profit des achats de programmes.
La TSR fidélise son jeune public avec Bus & Compagnie,
qui associe une émission quotidienne et un magazine mensuel gratuit
tiré à 5000 exemplaires. Un véritable succès
qui atteint 40% de part de marché auprès des 3-14 ans. Diffusé
par TV5 depuis le début de l'année, le concept associe également
McDonald's, Mattel, Nestlé, Hennes & Mauritz et Junior Loisirs.
Disney à la Française. Disney Channel sera lancée
le 22 mars. La chaîne a déjà passé des accords
avec Gaumont Télévision, Europe Images, Caméras Continentales,
Ellipse ou France Animation.