ANIMATION WORLD MAGAZINE - ISSUE 5.04 - JULY 2000

L'histoire d'Annecy: 40 ans de célébration de l'art de l'animation
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Grâce au Ministère de la Culture qui, en 1985, instaura le Plan Image pour promouvoir l'industrie de l'animation et, parallèlement, décida de soutenir le MIFA, ce dernier connut un nouvel essor. En même temps, l'animation européenne bénéficia de la création par l'Union Européenne, à la fin des années 1980, de l'Association Europénne du Film d'Animation (AEFA) - un complément vital pour des manifestations telles que le MIFA. En 1989, le MIFA s'installa sous un chapiteau de 2000m2 en face de Bonlieu, avant de s'installer définitivement au centre de congrès de l'hotel Impérial Palace en 1991. En 1995, l'espace d'exposition fut agrandi afin de répondre à la demande croissante des majors américains — à cette époque, le marché de l'animation était en plein essor et la plupart des studios recrutaient activement. Depuis, le marché s'est stabilisé, avec un espace de 3000m2. En 1999, le MIFA a accueilli 600 sociétés.

L'annualisation du Festival
Le festival devint annuel en 1998. L'annualisation avait toujours été souhaitée par Jean-Luc Xiberras. En janvier 1997, dans une interview avec Animation World Magazine, Jean-Luc Xiberras disait: "Il n'est pas acceptable de rejeter 1000 films à la sélection chaque année. Avec un retour à 700 ou 800 films soumis à la sélection, la tâche des jurys devient plus gérable." —- pour la première édition annuelle, 677 films furent soumis à la sélection. D'autres raisons en faveur de l'annualisation incluaient la nécessité de fidéliser les sponsors, et la capitalisation des ressources humaines. Apres l'annualisation, l'équipe permanente d'organisation passa de 4 à 15 personnes.

La décision bouleversa la communauté de l'animation. L'annualisation touchait surtout les festivals qui se tenaient traditionnellement les années paires, essentiellement Zagreb et Cardiff. La décision d'Annecy de devenir annuel fut une des raisons citées par Cardiff pour expliquer sa faillite après son édition de 1998. Bien qu'en en comprenant les raisons, l'ASIFA condamna cette décision unilatérale d'Annecy. D'après l'ASIFA, le festival violait les règles qu'il avait demandé à l'ASIFA d'instaurer à une époque où il redoutait la concurrence des autres, et ce sans respect pour les festivals [Zagreb] qui étaient des partenaires d'Annecy depuis des années.

Le dialogue s'est renoué entre l'ASIFA et la nouvelle équipe d'organisation du festival. En 1999, Annecy a accepté d'aider les festivals patronés par l'ASIFA en invitant leurs directeurs à Annecy et en leur offrant un stand au MIFA et des espaces publicitaires dans les publications officielles du festival. Annecy a également offert à Zagreb de lui faire suivre les copies des films envoyés à la sélection à Annecy (option mentionnée sur le formulaire d'inscription de film).

La nécessité de moderniser l'ASIFA était reconnue de longue date. Cependant, cette rupture avec Annecy, accompagnée d'autres revers tels que la décision d'Ottawa en 1998 de se retirer de l'ASIFA, appelait une remise en question [les festivals patronnés par l'ASIFA sont tenus de couvrir les frais d'hébergement de tous les membres du Conseil d'Administration de l'ASIFA qui assistent au festival]. Le rôle de l'ASIFA et sa philosophie d'ensemble sont en cours de révision. Au festival de Zagreb 1998, le Conseil d'Administration a décidé de supprimer son système de patronage et a commencé à réfléchir à un nouveau système de partenariat avec les festivals, avec des critères de classification et d'évaluation.

Les Acteurs Locaux
Parallèlement à l'organisation du festival et du marché, l'association organisatrice a été investie d'autres missions. En 1984, soutenue par la Ville d'Annecy, elle a créé le Centre International du Cinéma d'Animation (CICA) afin de se consacrer à des fonctions de conservation, de formation et de distribution de films d'animation. Le nouvellement créé Centre de Documentation fut placé sous la responsabilité de Jean-Francois Camus, conseiller cinéma auprès du Ministère de la Jeunesse et des Sports (Jean-Francois Camus travaille maintenant avec l'équipe de "La Poudrière," la nouvelle école d'animation installée à Valence). L'une des réalisations du CICA est l'Animaquid, une base de données interactive qui fournit multiples informations sur les films et sociétés d'animation dans le monde. Pendant plusieurs années, le CICA a également distribué deux films d'animation (moyen et long métrage).

Dans le même esprit, Le Musée-Château d'Annecy, partenaire du festival depuis ses débuts, a constitué une vaste collection de jouets d'optique et d'objets du pré-cinéma (de la lanterne magique au théâtre optique), ainsi que des milliers de documents originaux (dessins, celulos, marionnettes, livres) utilisés dans la réalisation de films d'animation. Le Musée-Château est, depuis 1981, le commissaire de l'exposition du festival présentée au Musée, et son engagement dans l'animation s'est renforcé au fil des ans. En 1997, la collection de documents originaux du festival a été donnée a la Ville d'Annecy, de fait au Musée. Le Musée travaille actuellement sur un projet de Musée du Cinéma d'Animation, projet qui s'inscrit dans une initiative plus large de Plan Image, dont le festival fera également partie. Il est amusant de noter que la Cinémathèque suisse, un voisin, travaille en parallèle avec l'ASIFA sur un projet de conservation des archives de l'ASIFA à la Cinémathèque suisse...

Il est difficile de définir exactement les raisons du succès d'Annecy. Cependant, l'un des facteurs clés est sans aucun doute son enracinement dans la vie locale. L'infrastructure et les services mis à disposition du festival sont inestimables. En plus d'une importante contribution financière, la Ville d'Annecy apporte son concours technique à la construction du chantier du MIFA. En dépit de quelques inévitables querelles de pouvoirs, l'ensemble des associations culturelles locales apportent leur contribution. En plus du centre culturel de Bonlieu, cinq salles de projection sont mises à la disposition du festival, et des projections y sont organisées pendant et après le festival, avec des programmes pour les scolaires. Des dizaines de volontaires viennent renforcer l'équipe d'organisation, des enseignants sont mis à disposition du festival par l'Inspection Académique. Aujourd'hui, le festival est devenu une gigantesque entreprise, et des conflits d'intérêt peuvent surgir. Cependant, la capacité d'Annecy à maintenir son ancrage dans la vie associative locale sera un élément déterminant de son avenir.

Le premier jour du festival, les retrouvailles de festivaliers et de bénévoles de longue date est un moment rare. Certes, Annecy se prépare à fêter quarante ans d'histoire avec une programmation exceptionnelle. Cependant, la myriade de relations amicales qui se sont nouées à Annecy au fil des années est un élément précieux de cette histoire.

Merci à ceux qui ont accepté de partager leurs souvenirs: Nag Ansorge, Pierre Jacquier, Bill Littlejohn et Raoul Servais. Merci également à François Darasse, Pierre Lambert, Holly Stone, le Festival et le Musée-Château d'Annecy.

Annick Teninge est directrice générale d'Animation World Network. Elle a demarré sa carrière dans l'animation au festival d'Annecy, où elle a été attachée de direction pendant six ans.

Cets article a été originellement publié dans FPS Magazine numéro 19.

 

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