ANIMATION WORLD MAGAZINE - ISSUE 4.3 - JUNE 1999

Un marché en croissance exponentielle

par Valérie Rivoallon

Après une décennie plutôt florissante, le début des années 90 a marqué un net déclin dans le domaine de la publicité animée. Il a fallu attendre près de cinq ans pour revoir apparaître un certain engouement pour le genre, renouvelé grâce aux images de synthèse et aux trucages numériques. Aujourd'hui, la France a acquis une certaine renommée internationale grâce à une poignée d'entreprises de très haut niveau.

La Cité Imaginaire de Sparx. © Byzance Productions.

La Première Vague
Les pionnières du genre sont les sociétés Duran et Buf Compagnie. La première a été créée en 1983, la seconde un an plus tard. Cette dernière est issue de Buffin Seydoux Computer Animation dont l'objectif premier était la création d'un logiciel 3D complet (modeleur, animation, rendu) et la production de films en images de synthèse pour l'habillage de chaînes de télévision et la publicité. C'est en 1990 qu'elle a été rebaptisée Buf Compagnie. Les deux sociétés se sont peu à peu développées et diversifiées en intégrant des départements dédiés soit aux effets spéciaux pour longs métrages de cinéma (pour chacune d'entre elles) soit encore aux clips vidéo, fictions, documentaires, jeux vidéo ou site internet (Duran). En quinze ans, Duran a monté et truqué près de 1 500 spots dans des styles très différents qui s'étalent des univers les plus réalistes ("Levi's" par Michel Gondry produit par Midi Minuit) aux plus oniriques ("Kenzo" par Jean-Baptiste Mondino produit par Bandits) ou aux plus comiques voire délirants ("Orangina rouge" par Ioan Kamitz produit par Molotov). Côté clips, ce sont plus de 1 200 qui ont mis en valeur les talents de Marc Caro, Olivier Kuntzel et Florence Deygas ou Florent Siri pour ne citer qu'eux. Parallèlement, l'équipe a contribué à la fabrication de nombreuses émissions télévisuelles tant documentaires que magazines, jeux ou talk shows dont la première, Télé libération, a été commandée par Canal +. Depuis, rare est la chaîne qui n'a pas fait appel à ses services pour son habillage. Tout récemment, les concepteurs de Skinner box l'ont rejoint pour créer des jeux vidéo et de nouveaux logiciels les concernant.

Images de synthèse MacGuff Ligne pour Alice in Digital Land, directeur: Pascal Roulin. © 1998 Kitakyushu Multimedia Dome/Dentsu/Dentsu Tec/MacGuff Ligne/De Pinxi/Pascavision. Tous droits réservés.

De son côté, Buf Compagnie a préféré limiter ses activités aux trois secteurs de la publicité, des effets spéciaux cinéma et de l'habillage de télévision. Grâce à la complémentarité des graphistes issus d'écoles d'art et des ingénieurs, la société s'est attachée à adapter les techniques aux désirs artistiques des réalisateurs. A cet effet, tous les programmes nécessaires à la réalisation d'un film, du render au shader, en passant par le modeleur, le gestionnaire ou le 2D paint, ont été développés sans oublier les interfaces nécessaires entre ces outils 3D et Softimage.

Le succès public et professionnel du film La cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro a conduit John Dykstra, superviseur des effets spéciaux de Batman et Robin, à contacter la société. C'est ainsi que, pour la première fois, une entreprise française a contribué à truquer 56 plans d'une production américaine parmi lesquels ceux de la poudre d'amour, des graines magiques ou de la congélation de la ville. Cette expérience a incité Buf Compagnie à créer une entité à Los Angeles qui, depuis, travaille sur différents projets de publicités et de longs métrages locaux.

Une sirène en images de synthèse, MacGuff Ligne. Crédit photo MacGuff Ligne.

Nouvelle Génération
Entre 1987 et 1989, ce sont trois autres structures qui ont vu le jour, respectivement Mac guff ligne, Z.A production et Ex Machina. Mac guff ligne doit son nom au célèbre réalisateur Alfred Hitchcock qui nommait ainsi "le biais, le truc, la combine, le secret" à l'origine de chacun de ses films à suspens. Son champs d'action englobe la publicité, les effets spéciaux cinéma, les clips vidéo, les CD Rom, les Rides et les installations virtuelles. Ses derniers films de référence sont pour la publicité, "Evian" réalisé par Jean-Pierre Roux et pour le cinéma Dobermann de Jan Kounen. Le spot "Evian" s'inspire des balais aquatiques des films américains des années 40 et met en scène une ribambelle de joyeux bébés pour un résultat d'une hilarante véracité. Le long métrage, quant à lui, laisse plutôt paralysé d'effroi. Cinq mois de travail pour 107 plans répartis sur 19 séquences ont mobilisé douze spécialistes sur de multiples interventions invisibles.

Z.A. production, société indépendante, s'est tout d'abord fait connaître en produisant les Quarks, une des première séries réalisées en images de synthèse 3D, 35 mm et vidéo Haute définition. Depuis, elle a élargi ses prestations à tous les dérivés en y ajoutant les séquences évènementielles et les applications techniques réalité virtuelle au champ des arts plastiques. Dans ce cadre, elle s'est impliquée dans la recherche des installations artistiques de Maurice Benayoun notamment pour Dieu est-il plat ?, Le diable est-il courbe ? et le Tunnel sous l'Atlantique, évènement de télévirtualité reliant le Centre George Pompidou au Musée d'Art contemporrain de Montréal, durant cinq jours en septembre 1995, puis dans le tunnel Paris-New-Dehli, connectant l'exposition NINR de la Cité des sciences à Virtual Gallery en Inde en janvier 1998. En matière de publicité, ses références émanent de commandes japonaises comme le spot de lancement du DVD, Panasonic DVD Dream d'après un rêve de Kurosawa pour Matsushita. Mais la grande majorité de son temps est dédiée à la conception de ses propres outils de production en particulier les logiciels temps-réel ou motion capture.

"Pastilles Vichy": Ex Machina; directeur: Pierre Coffin. Agence: EURO RSCG BETC. Illustrateur: Jean-Christophe Saurel. Crédit photo Ex Machina.

Un exemple d'infographie par Ex Machina pour"McDonald's," directeur: Tanguy de Kermel. Agence: BDDP. Production: Entropie. Crédit photo: Ex Machina.

Ex Machina, pour sa part, intervient principalement dans les domaines de la publicité, du ride (cinéma dynamique) et des gros projets : films en relief par exemple. Reconnue pour ses qualités de production d'images de synthèse 3D, la société revendique sa spécificité dans l'animation de personnages. "Depuis près de trois ans, nous avons enchaîné publicité sur publicité. Ce qui a permis à nos animateurs-infographistes de maîtriser de mieux en mieux l'ensemble des outils de la réalisation d'un film publicitaire: du découpage, en passant par le tournage, l'animation et la post-production." déclare Lionel Fages. "De ce fait, nous assistons désormais à une orientation de la demande vers la réalisation plutôt que la prestation. Pierre Coffin a nourri au fil du temps un style graphique bien à lui ce qui l'a amené petit à petit vers la réalisation de films où l'animation de personnages est prépondérante.Il dirige aujourd'hui non seulement des publicités comme les pastilles Vichy ou dernièrement Electrolux pour l'agence anglaise BBH mais également des séries comme Pings pour laquelle Canal + marque un intérêt certain." Pascal Vuong, Hervé Loizeau, Dominique Pochat ou Tanguy de Kermel sont autant de créateurs qui suivent la même voie à travers des films comme Seat (lara Croft), Vahiné, Yoco ou Mac Donald.

"Electrolux," directeur: Pierre Coffin. Animation par Nexus Films Animation. Agence: BBH. Crédit photo: Nexus Films.

"Dans 90 % des cas, ce sont les sociétés de production, auxquelles nous envoyons régulièrement nos bandes démo, qui nous contactent pour nous confier soit la direction artistique des films ou la réalisation et l'animation des personnages. Pour 10 % des cas, l'agence se passe d'intermédiaire et nous commande directement un spot entièrement en 3D. Grâce à l'expérience acquise, nous démarrons toujours par un animatique sans passer par l'étape du découpage ce qui nous permet un gain de temps considérable et par conséquent une facilité de production des animations finales".

Les Nouveaux Venus
Les deux sociétés les plus récentes sont Médialab et Sparx, toutes deux créées au début des années 90 (92 et 94). La réputation de Medialab s'est construite autour de l'animation en temps réel et de la motion capture. C'est ainsi qu'elle s'est trouvée une place de choix dans la création de personnages pour les habillages télévisuels et les séries dont la première au monde Chipie and Clyde. Mais pour ce qui est de la publicité, mis à part pour Donkey kong, la technique est peu utilisée. A cette fin, elle est l'une des premières à avoir utiliser les flame pour le compositing. La prestation publicitaire représente un quart de son chiffre d'affaire tandis que la part des effets spéciaux notamment sur les téléfilms est en constante augmentation. "Cette croissance s'explique par une saturation des entreprises américaines monopolisées par d'ambitieux projets de longs métrages. De plus, pour eux, nous sommes un peu le Tiers Monde parce que nous sommes moins chers...Mais il existe aussi des réalisateurs comme Roland Joffé qui préfère travailler en France même si c'est pour les anglais "explique Pierre-Jean Joulia, responsable de la communication.

Un exemple de compositing par Medialab pour "L'arbre," directeur: Bruno Aveillan, CNP. Agence: Louis XIV. Production: Quad. Post-production: Medialab. Crédit photo: Medialab. © Quad-Prod.
Séquence réalisée par Sparx pour le film Crying Freeman. © 1995 Davis Film. Crédit photo: Sparx.

Pour ce qui est de Sparx, filiale d'Humanoïds group, c'est également le trucage au flame qui attire les clients et c'est plus de douze spots différents qui passent, chaque mois, entre les mains des opérateurs et des truquistes. La moitié pour des effets spéciaux techniques et l'autre pour des créations artistiques. "Quand nous avons créé Sparx, nous étions sept. Après des débuts modestes, nous avons assisté à une forte montée en puissance qui nous a mené à augmenter notre personnel jusqu'à soixante personnes et peu à peu à monter un studio au Vietnam qui compte aujourd'hui également soixante personnes. C'est la généralisation des trucages à petits budgets et la hausse des effets spéciaux numériques qui en est à l'origine" témoigne Guillaume Hellouin co-responsable aux côtés Jean-Christophe Bernard.

Génériques (Crying freeman primé à Imagina en 1996), Séries, spécial TV et bientôt long métrage (Drôle de petit poussin de Serge Elissalde) en font un des acteurs principaux en matière de création d'images de synthèse 3D. Grâce aux efforts de ces entreprises, les techniques numériques tant décriées jusqu'à présent semblent enfin pouvoir trouver leur place. Mais beaucoup reste encore à faire pour convaincre les décideurs qu'elles sont au centre du monde de l'image et de la communication de demain.

Scénariste de formation, Valérie Hamon-Rivoallon s'adonne au journalisme à partir de 1988. Attachée à la rédaction de BREF, le magazine du court métrage, elle se spécialise en cinéma d'animation en 1993 et réalise différentes enquêtes et reportages notamment sur sa situation en Slovaquie et en Belgique. Membre de l'Association Française du Cinéma d'Animation (AFCA), elle organise depuis septembre 1997, la programmation mensuelle de l'Animathèque et travail sur le projet de réorganisation du Festival National du Cinéma d'Animation Grand Ecran.


Note: Les lecteurs peuvent contacter les collaborateurs d'Animation World Magazine en envoyant un e-mail à editor@awn.com.


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