ANIMATION WORLD MAGAZINE - ISSUE 4.2 - MAY 1999

Kirikou
et la
sorciére

critique de film par Philippe Moins

Un tout petit bonhomme vient au monde et déclare: "Je m'appelle Kirikou". Crédit photo: Les Armateurs.
Une petite voix se fait entendre dans le ventre d'une femme enceinte: "Mère, enfante-moi"!

"Un enfant qui parle dans le ventre de sa mère s'enfante tout seul", répond la mère.

Un tout petit bonhomme vient ainsi au monde, coupe le cordon et déclare: "Je m'appelle Kirikou".

Le minuscule Kirikou naît dans un village d'Afrique sur lequel Karaba la sorcière a jeté un terrible sort: la source est asséchée, les villageois rançonnés, les hommes sont kidnappés et ne reviennent jamais. "Elle les mange...", soutiennent les villageois dans leur hantise. Karaba est une femme superbe et cruelle, entourée de fétiches soumis et redoutables. Mais Kirikou, sitôt sorti du ventre de sa mère, veut délivrer le village de son emprise maléfique. Au travers d'aventures fantastiques, il va découvrir le secret de sa méchanceté...

Avec ce premier long métrage, le réalisateur Michel Ocelot est magistralement passé du court au long métrage d'animation. Tâche d'autant plus difficile que le film est le fruit d'une coproduction européenne, la réalisation a été répartie entre différents studios, à Angoulème (France), Bruxelles (Belgique), au Luxembourg, mais aussi pour l'animation à Riga (Latvia) et à Budapest (Hongrie). Habitué à la technique du papier découpé, Ocelot a dû abandonner celle-ci pour le long métrage et opter pour une technique digitale basée sur le logiciel "Tic Tac Toon". Avantage de cette technique, jugée par ailleurs trop lente par le réalisateur: elle permet de copier, coller, superposer les "couches" pratiquement à l'infini. Le résultat possède un attrait particulier, l'espace d'aspect bi-dimensionnel se rapprochant de la peinture naïve. Au spectateur de reconstituer intellectuellement la profondeur.

Karaba, la sorcière.

En dépit des aléas d'une production qui connut une faillite, Michel Ocelot a réussi à maintenir une unité formelle au film et à l'imprégner d'un rythme narratif propre au conte, tel qu'il transparaissait dans toute son oeuvre antérieure. La version originale (française) a bénéficié d'un habile casting d'enfants sénégalais et de comédiens africains vivant en France, ce qui donne une pointe d'accent pleine de charme et d'authenticité, sans verser dans l'exotisme.

Sorti en France en même temps que "The Prince of Egypt" et peu après "Mulan," le film n'a pas été laminé par ses concurrents comme certains l'attendaient, au contraire. La promotion du film, basée sur son originalité, a également pu jouer sur le fait que certains journalistes considéraient "Kirikou" comme une alternative bien française aux productions hollywoodiennes. Exploité dans un réseau de petites salle par une nouvelle maison de distribution (Gebeka), le film totalise après quatre mois d'exploitation près de 600.000 entrées dans l'Hexagone. L'arrivée d' "Astérix et Obélix contre César" (produit par Claude Berry, il s'agit de la production française la plus coûteuse jamais réalisée) lui a fait davantage de tort, mais le film était déjà à ce moment dans sa courbe descendante.

Un dessin animé de Michel Ocelot, musique originale de Youssou N'Dour.
Producteurs: Les Armateurs (France), Odec Kid Cartoons (Belgique), Monipoly (Luxembourg). v.o. fr.
Durée: 70 minutes

Philippe Moins est co-directeur du Festival du dessin animé et du film d'animation de Bruxelles. Il tient une rubrique cinéma d'animation pour le quotidien belge
Le Matin.


Note: Les lecteurs peuvent contacter les collaborateurs d'Animation World Magazine en envoyant un e-mail à editor@awn.com.


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