Hiroshima 96, Journal de bord

Monique Renault (Pays-Bas).Jeudi 22, premier jour du festival Arrivée hier après avoir survolé la moitié du monde sans en avoir vu grand chose. Si. Taiwan. C'est beaucoup plus grand que je ne l'imaginais. Pour moi, Taiwan c'etait un amoncelement de petits ateliers où les gens s'entassent pour fabriquer des faux Dior, des fausses Rayban ou Adidas ... Apparemment ils ont aussi des montagnes et de la verdure. Je suis contente de revenir à Hiroshima. En mai dernier, pour la selection - ah! la sélection! - j'avais découvert le...

Dimanche 25
Le matin, d'abord écrire, comme tous les matins. Puis shopping avec Kine. On achète des tas de trucs inutiles, bien sûr ... A notre grande surprise, tous les magasins sont ouverts. Business as usual. Quand est-ce que les japonais se reposent?

Dans l'après-midi, projection et lecture "Animation Education in the UK" par Richard Taylor. Professeur d'animation en U.K. pendant plus de 25 ans. Vient de sortir une anthologie de l'animation. La salle est pleine, c'est un bonheur. Il montre et explique les films, leur fabrication, le caractère et la carrière de chaque auteur. De An Vrombaut (Little Wolf) à Mark Baker (Le village) en passant par Nick Park (Creature Comforts). C'est tellement intéressant que le programme dure une heure de plus et que tout le monde reste bouche bée, en haleine. Une heure plus tard que prévu, impossible en japonais!

Nos films, à Abi Feijo et à moi. Le public aime aussi. Ouf! Ce n'est pas souvent que j'ai l'occasion de voir mes films sur un si grand écran.

18h30 - compétition. Gogs-ogof de Deiniol Morris & Michael Mort, U.K. Puppets. On est dans la pré-histoire. Une succession de gags, chacun peut y reconnaitre sa propre stupidité, ou bien est-ce dû simplement à la mienne ? Ca va vite, le public réagit à merveille. The Simpsons'Homer Cubed, Tim Johnson, USA. Un Simpsons inhabituel, qui passe de la 2D à la 3D, grâce à Pacific Data Images. Small Treasures Sarah Watts, Australie, mon film favori. Sarah est peintre d'abord. J'avais déjà vu un de ses films à Annecy, en 91 je crois. Elle utilise de rotoscope mais cela ne me gêne pas. Sarah raconte une histoire intime qui appartient aux femmes comme aux hommes. Les hommes ont la guerre, les femmes la naissance, dit un homme. Jane, l'héroine du film soupire ... Mais l'accouchement fait ses victimes aussi. Le film est tout en subtilité, en finesse et en intelligence des attitudes et des regards, des suggestions. Il n'est jamais lourd et supporté par un commentaire de Jane qui se raconte, raconte la souffrance et la solitude, sans être moralisateur et pleurnichard. Un film, dans toute sa conception et son animation. Pour moi, c'est un prix. Peut-etre le grand prix.

Gagarin d'Alexij Kharatidi, Russie. Parfait dans sa conception. Rien de trop long. Merveilleuse animation traditionnelle, crayon sur papier. Et drôle. Une chenille qui ne veut plus devenir papillon. Le public rit aux éclats. On le retrouvera sans doute au palmarès. Hand in Hand, Lasse Lars Person, Suède. Quatre minutes de dessins animés. Me fait penser de loin aux trois grâces (Une Tragédie Grecque, 1985) de la belge Nicole Van Goethem qui avait eu un grand prix à Annecy et un Oscar. Et pour terminer, Puss in Boots de Garry Bardin, Russie. Après son chaperon rouge, il récidive avec Charles Perrault. Cette fois, c'est Le chat botté. Animation de pâte à modeler. Vingt-sept minutes et on ne s'ennuie pas. Bon pour le palmarès, j'espère.

Et voilà. Nos quatre programmes se sont égrenés. The film party is over. Tous les cinq, nous les membres du comité de sélection, sommes-nous satisfaits? Je crois que oui. Bien sûr, comme je l'ai déjà dit, on reste avec quelques doutes ... Mais j'ai appris que d'être ou non sélectionné parfois cela relève de la loterie, et comme a dit Abi, notre Président de comité, il y a toujours un degré de subjectivité dans le procédé de sélection, mais nous avons fait le choix aussi honnêtement et impartialement que possible. La chose qui reste, c'est la vitalité de l'animation, sa créativité et sa jeunesse. Je crois pouvoir dire que nous avons fait une bonne sélection et une bonne programmation. En tous cas, c'est ce qu'on nous a dit de bien des côtés.

Comme tous les soirs, party! Cette fois, ASIFA party sur une terrasse dominant la ville. Bière, saké, sushis, rires, émotions, chansons. Bruno Edera, le journaliste suisse de Genève qui nous fait pleurer de rire avec son accent, ses histoires suisses, et sa grande érudition.


















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