Hiroshima 96, Journal de bord
En général le public ce soir réagit bien, plus chaleureusement
que cet après midi. Ils sont globalement assez satisfaits de la sélection,
à part une personne qui commence à me poursuivre car le film
qu'il a produit n'est pas "in" alors qu'il aurait dû. Il
parait qu'il y a toujours quelques mécontents qui le font savoir.
Sayoko, la directrice du festival, en sait quelque chose.
Après la projection, fête. On est accueilli par un concert
de tambours japonais. Ils doivent avoir un nom impressionnant. Cela relève
de la danse en même temps et du rite, le tout pour en fin de compte
ouvrir un tonneau de saké. David Erlich et Raoul Servais en font
les honneurs, après speechs, traductions, etc. ... Buffet gigantesque
de tous les sushis et autres delicatessen imaginables. La fête se
termine à minuit. Ici, à Hiroshima, les fêtes se terminent
à 23 ou 24 heures.
Vendredi 23
D'abord un café. Tout le monde se retrouve dans le hall du festival.
En fait, c'est un hôtel avec deux salles de cinéma, des salles
de réunion, un restaurant. On peut pratiquement vivre dans le "Aster
Plaza" sans avoir besoin de sortir. C'est dans le hall que tout se
passe ; les rendez-vous, les discussions, les photos et interviews. A la
différence d'Annecy, atteint de gigantisme, ici il est possible de
rencontrer tout le monde. Les projections de compétition ont lieu
toutes les fins d'après-midi à 18h30. Dans la journée,
des tas de programmes spéciaux. A 9h15, première de notre
workshop ASIFA commun dans un programme spécial composé par
le festival "Animation by children throughtout the world". La
presse est là, beaucoup d'enfants et un très bon public pour
une heure si matinale. Sayoko fait les présentations d'usage.
"Les droits de l'enfant" est extrêmement bien reçu.
Le programme me parait bien meilleur que quand nous avions fait le montage
en Belgique, Jean-Luc Slock - le secrétaire du groupe - et moi. La
diversité des techniques, des idées, des musiques, des spontanéités
des enfants fait que ces quarante minutes passent vite. C'est très
encourageant. On fait bien la différence entre la rigidité
des textes écrits par des adultes et l'imaginaire des enfants. Rien
qu'à voir ce résultat, l'animation a de l'avenir! Un peu plus
tard les studios Disney font une présentation de "computer generated
crowd characters in The Hunchback of Notre Dame", pendant qu'ailleurs,
Thailande et Sri Lanka montrent l'animation asiatique. Impossible de tout
suivre ...
Plus tard dans l'après-midi, Raoul Servais nous fait le plaisir d'introduire
Harpya (1979) qui reste toujours surprenant avec son étrange
oiseau-femme papier et Taxandria (1995) son long métrage hyper
surréaliste. Taxandria est une ville mystérieuse qui n'a ni
mémoire ni temps, ni passé ni futur, mais où les habitants
ont perdu leur liberté. Mais l'amour entre en jeu et sauve tout,
comme d'habitude, et saura détruire la dictature de "Taxandria"
et rendre la liberté aux Taxandriais. Les effets spéciaux
sont époustouflants, mélangent la vue réelle et l'animation.
Pour ma part, je préfère de beaucoup la partie animée.
Après, pour se changer les idées et respirer, ma copine Kine
Aune, de Norvège, et moi allons faire le marché. Je retourne
à la poissonnerie où j'allais en mai et suis très satisfaite
que les gens me reconnaissent. Il faut dire que nous avions comparé,
en mai, les différentes façons de pêcher en Bretagne
et au Japon et que, ne parlant pas le japonais et eux pas le français,
j'avais fait des dessins d'hameçons, de crochets, de cannes à
pêche et autres filets... le pouvoir du dessin!
8h30, 2ème programme. S'ouvre sur un de mes films favoris Le Moine
et le Poisson de Michael Dudok de Wit. Hollandais qui a travaillé
à Londres et réalisé son film en France à Folimage
(Valence). J'admire tout dans ce film. La simplicité de l'histoire,
un moine et un poisson, mais une philosophie de la joie et de la quiétude.
Je l'ai déjà vu plusieurs fois et à chaque fois je
découvre un plus. L'animation est faite au détail près;
le graphisme - ligne noire à l'encre de chine - le choix du papier,
les couleurs des décors, à l'aquarelle, pures et vives - bleus
jaunes - le timing, la musique, tout me met en joie. Je le verrais bien
dans les prix.

























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