Interview de Raoul Servais
Figure incontournable du cinéma d'animation mondial, Raoul Servais
sera cette année Président d'honneur du Festival d'Hiroshima.
Peintre et cineaste, Raoul Servais a fait ses études à l'Académie
Royale des Beaux Arts de Gand durant les années 50. Il a travaillé
avec Rene Magritte et Henri Stork. Ses films ont remporté plus de
quarante distinctions internationales et nationales dont le premier Prix
à la Biennale de Venise en 1966, le Grand Prix du Jury à Cannes
en 1971 et la Palme d'Or à Cannes en 1979.
Il est le fondateur de la section animation à l'Académie royale
des Beaux-Arts de Gand et du Centre d'étude du cinéma d'animation.
En outre, la Fondation Raoul Servais, également située à
Gand, s'occupe de l'initiation au cinéma d'animation auprès
des écoles de l'enseignement inférieur et moyen. De 1985 à
1994, Raoul Servais a présidé l'ASIFA (Association internationale
du film d'animation).
Après la longue gestation de son long métrage Taxandria,
Servais s'est remis à son genre de prédilection, le court
métrage.
Conversation à bâtons rompus avec un sage et un praticien.
Moins: Par quel hasard avez-vous démarré dans l'animation,
dans un pays où aucun studio n'existait?
Servais: Ce n'est pas un hasard. J'ai contracté un virus précoce,
grâce à mon père qui était cinéaste amateur
et projetait à la maison des Félix le Chat en 9,5mm. A l'insu
de mon père, je déroulais les bobines de film et parcourais
les photogrammes pour comprendre le mystère de l'animation. C'est
ce miracle de l'inanimé qui devient mouvement, cette magie du cinématographe,
qui m'ont décidé ... à l'âge de cinq ans, de
choisir ce métier de cinéaste d'animation.
Moins: La liste de vos films révèle un grand éclectisme
dans le choix des techniques?
Servais: J'ai surtout pratiqué le dessin animé mais
j'ai toujours changé de style graphique afin de pratiquer de nouvelles
expériences. A partir de Harpya, j'ai introduit le personnage
réel en l'intégrant dans un décor peint, en le manipulant
comme s'il s'agissait de dessins. Cette incrustation de personnages réels
s'est faite avec des techniques différentes. Pour Harpya j'avais
mis au point un système optique inspiré du "front projection."
Pour Taxandria j'ai mis au point un système qui s'appelait
la "Servaisgraphie". Pour diverses raisons, il n'a été
retenu que pour la confection des décors. L'incrustation s'est faite
par ordinateur. Sauf erreur, Taxandria était, jusqu'à
Toy Story, le long métrage incluant le plus d'images numériques.
Moins: Parlez-nous des thèmes que vous traitez?
Servais: Les sujets que je traite sont variés, mais leur préoccupation
commune c'est l'être humain, ses aspirations de liberté, de
paix, de justice. J'ai toujours voulu souligner les dangers qui menacent
la race humaine. Malgré les multiples remaniements du scénario
de Taxandria, le message de mon film a été préservé:
une mise en garde contre l'intolérance et l'idéologie autoritariste.

























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