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Rendezvous In Annecy: An Interview With Jean-Luc Xiberras

Annick Teninge talks with the current director of Annecy, the granddaddy of all animation festivals, about how and why it has changed over the years. [

Le Festival d'Annecy est la plus ancienne et peut-être la plus prestigieuse de toutes les manifestations consacrées au cinema d'animation, à l'origine de toutes les autres. Annecy a également été le premier à créer un marché du film d'animation. Il est aujourd'hui question de rendre le festival annuel - la plupart des autres festivals ont lieu les années "sans" Annecy. Une interview avec Jean-Luc Xiberras, directeur depuis 1982, pour en savoir plus sur le festival et son directeur.

Jean-Luc Xiberras.

Quel a été votre parcours jusqu'à Annecy?

J'ai commencé ma carrière professionnelle dans les années 60 comme animateur-directeur d'équipements socio-culturels. Dans les années 70, j'ai pris la charge d'un équipement plus important, ce qui m'a permis de développer des spectacles vivants et de créer une des premières salles d'art et essai en dehors de Paris, en Haute-Savoie. J'ai fait découvrir au public local les oeuvres de réalisateurs tels que Saura, Fassbinder, Herzog Wenders et Cassavetes, qui étaient peu connus a l'époque. A la fin des années 1970, j'ai créé une grande salle de spectacles vivants (musique, danse, théâtre) où l'on a pu accueillir des spectacles du Living Theater et du Bread and Puppet Theater, ainsi que des opéras tels que Carmen de Peter Brook.

Qu'était le festival à votre arrivée et quels changements majeurs avez-vous apporté dans l'organisation?

J'ai été sollicité pour prendre la direction du Festival d'Annecy en septembre 1982 ; le laps de temps pour préparer l'édition 1983 a été extrêmement court. J'ai eu de la chance - j'ai pu bénéficier du nouvel équipement culturel de Bonlieu qui avait été inauguré en 1981. Auparavant, le Festival d'Annecy avait lieu dans I'ancien Théatre-Casino.

En 1981, 300 à 400 personnes avaient participé au Festival. C'était un chiffre énorme à 1'époque, Le Festival d'Annecy montrait surtout des courts métrages d'auteurs. I1 n'y avait qu'une salle de cinéma, une projection quotidienne de films en competition, une ou deux rétrospectives et une seule exposition. Le Festival était percu comme une manifestation où les professionnels, les auteurs pouvaient se rencontrer et tranquillement boire une bière à la terrasse du vieux Casino.

Cannes 1958: Norman McLaren, Joy Batchelor, Paul Grimault, John Halas.

Pendant 20 ans, le Festival a été organisé depuis un bureau permanent installé à Paris, avec l'aide précieuse du Ciné-Club annécien (un des plus importants cine-clubs francais, qui comptait entre 4000 et 5000 adhérents). En 1982, le conseil d'administration du Festival trouvait qu'il fallait changer de direction et se tourner vers l'avenir. Il souhaitait également utiliser au maximum les structures culturelles d'une ville telle qu'Annecy, qui est ainsi devenu le bureau permanent du festival. Pierre Jacquier, qui avait succédé à Charles Bosson à la présidence du Festival disait " La ferveur et le dévouement de 1'équipe du Ciné-Club n'avait pas faibli, ni le travail et la compétence des organisateurs parisiens. C'est 1'environnement qui changeait, les attentes du public, les conditions de production et de diffusion. Le festival tournait rond mais il tournait un peu en rond ; i1 devenait le sanctuaire du film d'auteur, parfois suspect d'un certain académisme, contourné par les nouvelles fonctions du cinéma d'animation, les nouvelles cinématographies, les nouvelles technologies, les problèmes économiques."

A view of the city: the Castle and the lake.

Ce changement d'orientation avait créé une fracture dans la communauté des animateurs en France, ce qui a rendu mon travail d'autant plus difficile lorsque je suis entré en fonction en 1982. Je n'avais pas une grande connaissance de l'animation à 1'époque - cependant j'ai tout de suite compris qu'il fallait augmenter le nombre de salles et utiliser le potentiel qui existait déjà à Annecy, Donc, en 1983, nous sommes passés à 6 salles et avons multiplié par trois le nombre de projections de films en compétition. Je voulais que le Festival devienne une véritable fête de l'animation. J'ai augmenté le nombre d'hommages et de rétrospectives. Dès 1983, nous avons commencé à présenter 8 à 9 hommages et rétrospectives et 4 à 5 expositions. J'ai été très surpris de voir 1300 professionnels venir à Annecy en 1983. Nous avions pu relever le défi. Ensuite nous avons décidé d'intégrer toutes les techniques d'animation dans la compétition, y compris les nouvelles technologies, qui étaient très mal vues par les traditionnalistes de 1'époque. Pourquoi la création du Marché? Etait-ce une nécessité économique? Avez-vous été un pionnier?

Softimage booth at the MIFA.

Nous avons commencé à travailler sur l'idée de créer un marché du film spécifiquement consacré à l'animation en 1983, même s'il n'existait pas une véritable industrie de l'animation à ce moment-là. On nous disait que c'était utopique. A 1'époque les auteurs qui venaient à Annecy avaient beaucoup de mal à montrer leurs filrns en dehors du Festival. Donc, en 1983, nous avons créé une sorte de mini-marché dans la Salle Eugène Verdun à côté du Théâtre. 11 y avait quelques tables à trétaux, des sociétés de matériel (crayons, gouache) et un petit nombre de producteurs qui osaient afficher leur nom et essayaient de rencontrer des créateurs. C'était très informel, très artisanal. Mais ce mini-marché nous a permis de constater qu'un besoin existait. En 1985 nous avons pu créer le premier MIFA avec l'aide du ministère de la culture qui avait lancé le plan "Image" afin de soutenir l'industrie de I'animation. I1 y avait très peu de producteurs européens de TV présents dans ce marché à 1'époque - les productions TV étaient dominées par les japonais et les américains. Le premier MIFA en 1985 était sur 500 mètres carrés, avec de véritables stands. I1 y avait beaucoup d'exposants francais, quelques européens et presque pas d'américains. On a progressé d'édition en édition.

A view of the MIFA.

En 1987 nous avons pu agrandir le MIFA et avons construit un chapiteau dans le jardin de Bonlieu ; en 1989 la surface d'exposition a été portée à 2000 mètres carrés, sur le Pâquier. En 1991 le MIFA s'est installé au nouveau centre de conférences dans les locaux de l'Impérial Palace ou nous avons monté un chapiteau de 2000 mètres carrés. Ce fut la même chose en 1993. 1995 a été l'apothéose avec un chapiteau de 3 000 mètres carrés et toute la surface du centre de conférences de l'Impérial, salons et salles de conférence compris. Ce fut également l'année des majors américains qui se sont rendus en masse a Annecy.

Je comprends pourquoi tant d'autres organismes cherchent actuellement à créer des marchés du film spécifiquement consacrés à l'animation. Nous avons passé 10 ans à lutter pour prouver qu'un tel marché existe.

Comment le Festival a-t-il evolué?

Le festival a évolué en fonction de la réalité économique et des changements artistiques intervenus dans le monde de l'animation.

A partir de 1985, nous avons commencé à inclure les séries TV, les publicités et les films de commande dans la compétition. Cependant, nous nous sommes rendus compte de la nécessité de faire sé1ectionner les différents genres par différents comités de sélection. I1 est très difficile de juger ensemble les courts métrages, les longs métrages et les films pour la télévision.

En 1987 nous avons donc décidé de créer 2 comités de sélection différents mais nous avons retenu la même programmation unique de films en compétition. Ceci présentait des difficultés pour les spectateurs qui avaient du mal a regarder un mélange de films de commande et de télévision avec des films d'auteurs.

Nous avons ensuite modifié la programmation pour organiser des projections par genre - courts métrages, longs métrages, productions TV et films de commande, mais sans créer des jurys différents, ce qui a été une erreur car les membres du jury rencontraient les mêmes problèmes et avaient du mal à juger divers genres ensemble.

En 1985, nous avons encore modifié le système et introduit des prix spécifiques pour chaque genre, sans toutefois renoncer à un seul Grand Prix. Cela a très bien fonctionné en 1993 mais en 1995 les jurys n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le choix du film et il y a donc eu 2 ex-aequo. Nous avons modifié le règlement pour Annecy 97. Chaque genre aura son Grand Prix et autres prix/mentions.

Le nombre de participants au Festival d'Annecy est en augmentation constante. En 1981, i1 y avait 340 professionnels présents au Festival. I1 y en avait 1300 en 1983, et plus de 4000 en 1995 - Nous attendons 5000 participants pour 1'édition 97. Cette augmentation correspond à 1'explosion du cinéma d'animation à travers le monde. Bien sûr, cette évolution a provoqué beaucoup de grincements et beaucoup de critiques. Mais il y a eu également beaucoup de joie. Nous sommes passés de 350 films présentés à la sélection en 1983 à 1236 en 1995, et nous ne savons pas encore combien de films nous recevrons pour Annecy 97. En général le nombre de films soumis à la sélection augmente de 200 par édition.

Ce qui est important c'est de découvrir et de favoriser 1'émergence de nouveaux talents. Dans ce but nous avons créé en 1995 une nouvelle compétition pour les films d'étudiants et de fin d'études. Nous y sommes très attachés.

Outside view of the MIFA.

Quelle réponse apportez-vous à ceux qui reproche à Annecy son gigantisme?

Bien sûr le Festival d'Annecy est devenu très grand. Il y a beaucoup de programmes. Pour certains cela est extrêmement frustrant car on n'a pas le temps de tout voir. Un festival comme celui d'Annecy se doit de proposer une programmation extrêmement diverse pour répondre aux attentes également très diverses des professionnels et amateurs de cinéma.

Nous proposons des programmations de cinématographies peu connues, telles que celles de l'Albanie, l'Inde, la Chine, l'Amérique Latine et l'Afrique du Sud.

Dans le même esprit, nous organisons des expositions afin de mettre en évidence toute la richesse des créateurs de films d'animation. Les animateurs ne sont pas de simples cinéastes - ce sont des artistes à part entière : peintres, illustrateurs, sculpteurs, graphistes et inventeurs de techniques - du cellulo à l'animation assistée par ordinateur, en passant par le sable, 1'écran d'épingles, la peinture sur verre, la pâte à modeler...

Nag Ansorge.

Chaque année nous essayons d'organiser une rétrospective complète de l'oeuvre d'un animateur particulier. En 1995, nous avons consacré une rétrospective, une exposition, une publication, des conférences et une cassette vidéo à l'oeuvre de Gisèle et Nag Ansorge. Le public a ainsi pu découvrir en profondeur le travail original effectué par Nag Ansorge en milieu psychiatrique.

Annecy est plus qu'un Festival proprement dit - Nous avons mis en place un centre de documentation et un musée du cinéma d'animation. Nous avons également créé une immense base de données qui sert de mémoire pour l'animation.

Quant au gigantisme du Festival d'Annecy, c'est les gens qui l'ont fait ainsi. Nous ne pouvons et nous ne voulons pas empêcher les professionnels de venir à Annecy. Le Festival d'Annecy est devenu le grand rendez-vous du monde de I'animation - animateurs, étudiants, producteurs, distributeurs, investisseurs et acheteurs - et la ville une véritable mégapole de l'animation.

Annecy deviendra-t-il annuel?

Je défends cette position depuis 1989. Le monde de l'animation a beaucoup changé depuis la création du Festival dans les années 60. A cette epoque, il fallait des mois, voire des années, pour faire un film de quelques minutes. Maintenant on est capable de faire une série TV de 13 x 13 minutes en 6 mois! Les conditions de production et 1'économie du monde d'animation sont totalement différentes aujourd'hui. On a besoin d'une compétition annuelle pour faire un bilan de l'art et pour montrer tout ce qu'il y a d'innovateur et de dynamique dans le cinéma d'animation. Le Festival et 1e MIFA sont deux pôles complémentaires. On ne peut pas avoir l'un sans l'autre. Certaines organisations cherchent à imiter ce que nous faisons mais Annecy reste le rendez-vous de l'animation.

En conclusion...?

Tout est possible à Annecy - il suffit d'essayer. Nous avons un écran géant devant le lac avec pour toile de fond la montagne et les étoiles. En 1993 nous avons créé 1'événement avec une projection magique de Fantasia devant 8000 spectateurs. I1 y a même eu un réalisateur qui a trouvé un moyen original de faire connaître son film : il l'a projeté de l'autre côté de 1'écran! Parfois il y a des drames - tels le refus de certains cinéastes de présenter leurs films en panorama parce qu'ils n'ont pas été retenus pour la compétition. Annecy est aussi très fun - ii y a des programmes off et des fêtes. Imaginez 1'effet de 5 000 professionnels du cinéma sur une ville de 50 000 habitants! Et toute cette magie est possible grâce à la complicité qui existe entre le monde de l'animation et le Festival d'Annecy...

Annick Teninge a été pendant 6 ans l'adjointe du directeur du Festival d'Annecy.

A view of the Imerial Palace where the MIFA takes place.

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